Notre vie est une attente incessante
« Veillez chaque jour et à chaque heure, et soyez prêts à accomplir parfaitement ce qui plaît à Dieu,
sachant qu'à l'heure où nous n'y pensons pas, le Seigneur vient »
Basile de Césarée.
Nous pouvons dire que notre existence se déroule dans l'attente — d'un événement à un autre. Attendant de naître, j'attends de grandir et de mûrir, j'attends de mourir, enfin j'attends l'« accomplissement » de la vie, qui se tient au-dessus de toutes les attentes. Le temps de Noël, précédé en préparation par le temps de l'Avent, nous offre déjà le gage de cette plénitude de la vie divine, éternelle et bienheureuse, qui nous est communiquée dans l'Esprit du Ressuscité. L'Avent nous rappelle que nous sommes tous, véritablement, dans l'attente. Pour cette raison, nous ne pouvons pas nous permettre de vivre comme au temps de Noé, dans la superficialité comme « vice suprême de notre époque », ainsi que le dit Raimond Panikkar.
Nous vivons en un temps de préoccupation pour notre lendemain, avec l'incertitude quant à l'avenir, avec des difficultés à faire confiance à autrui et le désir de voir apparaître quelqu'un qui changerait notre destin. Alessandro D'Avenia dit : « Nous attendons tous quelque chose ou quelqu'un. Ne vivent leur vie que ceux qui attendent, c'est-à-dire qui tendent vers cela. Nous sommes vivants parce que nous attendons toujours quelque chose, mais ce n'est qu'une fois que nous l'obtenons qu'une nouvelle attente commence. Alors nous nous demandons : "Que va-t-il se passer ensuite ?" Et cette attente a-t-elle jamais une fin ? »
Pierre Canisius dit : « Voyez, Pierre dort, Judas est éveillé ». C'est là quelque chose qui nous pousse à réfléchir : l'assoupissement des bons. Le pape Pie XI a dit : « le grand problème de notre époque n'est pas les forces négatives, c'est l'assoupissement des bons ». L'homme sage est celui qui ne laisse pas passer la vie, mais qui en jouit, qui prend des initiatives, qui prend des risques. Le contraire est celui qui reste immobile, n'agit pas, ne bouge pas. Peut-être se met-il « en sécurité », mais il finit par comprendre qu'en réalité il n'a pas vécu.
Sommeil et mort, veille et vie — il ne nous est pas toujours clair où nous nous trouvons en ce moment. Nous croyons être éveillés, mais en réalité nous sommes trop souvent débranchés. Des morts-vivants, parfois. Incapables de vouloir la vie, de nous laisser porter par sa force, d'y mettre notre moi et toute notre énergie. Nous sommes déjà morts avant de mourir, et lorsque vient notre heure, nous ne pouvons plus revenir en arrière, recommencer. « Attendre, c'est vivre », a écrit Victor Hugo.
Le temps présent est comme une longue nuit. La vie que nous menons ressemble à un rêve — l'activité frénétique que nous y vivons est, en réalité, un songe. L'écrivain espagnol du dix-septième siècle, Calderón de la Barca, a écrit sur ce thème un drame célèbre : « La vie est un songe » (Vida es sueño).
La vie comme un songe reflète avant tout la brièveté. Le rêve se déroule hors du temps. Dans les rêves, les choses ne durent pas comme dans la réalité. Des situations qui dureraient des jours et des semaines se produisent, dans le rêve, en quelques instants brefs. C'est là l'image de notre vie. Dans une grande vieillesse, l'homme se retourne et a l'impression que tout n'a été qu'un souffle. Quand j'ai demandé à mon grand-père, qui avait atteint cent ans, comment c'était de vivre si longtemps — il a répondu très brièvement : « Tout a duré trois secondes ».
Une autre caractéristique du rêve est l'irréalité, ou la vanité. Quelqu'un peut rêver qu'il est à un banquet, qu'il mange et boit à satiété. Il se réveille et doit affronter toute sa faim. Un pauvre rêve une nuit qu'il s'est enrichi : il exulte en rêve, il se pavane, il méprise même son propre père, faisant semblant de ne pas le reconnaître, mais il se réveille et se retrouve aussi pauvre qu'il l'était auparavant ! C'est également le cas lorsqu'on sort du rêve de cette vie. Un homme a été ici-bas très riche, mais il meurt ensuite et se retrouve exactement dans la position de ce pauvre qui se réveille après avoir rêvé qu'il était riche. Que reste-t-il de toute sa richesse s'il ne l'a pas bien employée ? Une poignée de misère.
La troisième caractéristique du rêve est l'absence de responsabilité. Vous avez peut-être tué ou volé en rêve ; vous vous réveillez, il n'en reste aucune trace de culpabilité ; votre casier judiciaire n'est pas entaché. Dans la vie, il n'en va pas ainsi, nous le savons bien. Ce qui se fait et se passe dans la vie laisse une trace considérable, et quelle trace ! Il est écrit, en effet, que « Dieu rendra à chacun selon ses œuvres » (Rm 2, 6).
Ce qui nous maintient le plus assoupis, ce sont les mauvaises habitudes. Une mauvaise habitude est comme un vampire. Le vampire — du moins selon ce que l'on croit — s'attache aux gens endormis, et pendant qu'il leur suce le sang, il leur injecte en même temps un liquide soporifique qui rend le sommeil encore plus doux, de sorte que la victime s'enfonce toujours davantage dans le sommeil et que le vampire peut sucer le sang autant qu'il le désire. Ainsi, une mauvaise habitude ou quelque vice endort la conscience, de sorte que l'homme ne ressent même plus de remords, croit que tout va bien et ne se rend pas compte qu'il meurt spirituellement. Le combat que nous devons mener chaque jour est précisément celui contre les mauvaises habitudes, contre l'abandon du cœur et de l'amour à la fatigue, par manque de vigilance, d'attention.
L'unique salut, lorsque ce « vampire » s'accroche à vous, est que quelque chose survienne soudainement pour vous réveiller du sommeil. C'est ce que la Parole de Dieu entend faire avec nous par ce cri que nous entendons souvent pendant l'Avent : « Veillez ! » Précisément parce que nous ne connaissons ni le jour ni l'heure, il nous appartient de donner un sens à l'attente, de nous préparer à jouir pleinement de la beauté de la rencontre et de la fête qui viendront.
Soyons sur nos gardes, car lorsque le corps s'endort, la nature en nous a le dernier mot, et notre action ne se déroule plus selon notre volonté, mais selon une impulsion inconsciente. Et lorsque l'âme est envahie par la torpeur, c'est-à-dire la lâcheté et l'angoisse, l'ennemi s'en empare et fait par elle ce qu'elle ne veut pas. La force brutale gouverne la nature, et l'ennemi gouverne l'âme. C'est pourquoi la vigilance, dont a parlé notre Seigneur, est prescrite pour les deux : pour le corps, afin qu'il ne se livre pas à un sommeil pesant ; pour l'âme, afin qu'elle ne tombe pas dans l'abattement et le découragement. Le regard fatigué de beaucoup, les plaintes comme thème dominant du discours, la déception à l'égard de ce qu'il y a de plus beau, l'amour avant tout, me suggèrent que tout, à l'inverse de cette image, devient immobile, vieux, répétitif, incolore, croupissant. Il semble que la grande promesse de la vie ne puisse s'accomplir.
« Veille » est donc plus qu'un vœu pieux de ne pas t'endormir : c'est un appel à vivre, à garder les yeux et le cœur ouverts, à te laisser émerveiller par quelque chose ou quelqu'un, à savoir lire les signes qui apparaîtront. Regarder est la condition de l'attention, mais aussi du soin : se consacrer à soi-même, parce que l'on est convaincu que cela en vaut la peine. « Celui qui n'a pas trouvé le paradis ici-bas — il lui manquera là-haut », écrit Emily Dickinson.
Chiara Lubich dit qu'il nous semble souvent que nous ne vivons pas la vie, comme si la vie elle-même traînait derrière nous, nous attendons quelque chose d'« après », dans lequel devrait apparaître ce qui est « beau et bon » pour nous : « L'instinct divin lui-même nous pousse à attendre quelqu'un ou quelque chose qui puisse nous satisfaire, nous combler. Peut-être pensons-nous que c'est une fête, un moment de temps libre ou une certaine rencontre, après quoi nous ne sommes de nouveau pas satisfaits, du moins pas entièrement. Et ainsi nous continuons la routine de la vie, sans vivre à partir d'une conviction profonde, attendant toujours quelque chose qui ne vient pas. La vérité, cependant, est qu'il existe une heure à laquelle nul ne peut échapper : c'est la rencontre face à face avec le Seigneur qui vient. C'est cette "beauté" à laquelle nous aspirons inconsciemment, c'est cette heure après laquelle nous soupirons, car nous sommes faits pour cette rencontre et pour un tel bonheur. Car Lui seul peut nous donner le bonheur complet ».
Dans ce contexte, Paul VI dit : « Le Christ est notre Sauveur. Le Christ est notre plus grand bienfaiteur. Le Christ est notre Libérateur. Le Christ est la vérité que nous cherchons. Le Christ est la vie dont nous avons besoin. Seul le Christ nous sauve. Le Christ est nécessaire. Le Christ suffit ».
Et voulant résumer en quelques mots comment ce temps saint se vit — ou doit se vivre —, nous pouvons nous servir de cette belle prière de l'Avent, qui dit ceci : « Que ton secours, Seigneur, nous rende persévérants dans le bien tandis que nous attendons la venue du Christ, ton Fils ; que, lorsqu'il viendra et frappera à la porte, il nous trouve vigilants dans la prière, actifs dans la charité fraternelle et joyeux dans la louange ». Un programme de vie en plein accord avec « ora et labora, lege et noli contristari » (prie et travaille, lis (l'Écriture) et ne sois pas triste). Un temps pour redécouvrir la compassion dans un monde déchiré par l'égoïsme, qui éloigne et détourne de la vigilance, de cette invocation de l'Avent « Ad te levavi » (Vers toi j'élève mon regard). L'Avent commence avec le prophète Isaïe : « Regardant au loin, je vois la puissance de Dieu qui vient, et une nuée qui couvre toute la terre. Va à sa rencontre et dis-lui : "Es-tu celui qui doit régner sur son peuple Israël ?" ».
Nous ne pouvons pas vivre endormis ou distraits. Nous devons garder les yeux ouverts, savoir reconnaître le danger, éviter les erreurs. Nous n'avons besoin de rien d'autre que d'un esprit vigilant : « Qu'est-ce qui est propre au chrétien ? Veillez chaque jour et à chaque heure, et soyez prêts à accomplir parfaitement ce qui plaît à Dieu, sachant qu'à l'heure où nous n'y pensons pas, le Seigneur vient », dit Basile de Césarée. Cela signifie avoir une lucidité intérieure, de l'intelligence, une capacité critique, du recueillement, de la compassion. Avant tout, nous devons veiller sur nous-mêmes, car le pire ennemi de l'homme, c'est lui-même !
L'Église, au commencement, tourne son regard et nous appelle à courir vers l'Avènement, vers son Roi nouveau-né. Mais Il est encore voilé par ce mystère, précisément dans l'attente. La nuée qui semble troubler le jour, mais qui laisse pourtant voir la lumière : le soleil de justice qui dissipe toute obscurité ; la première voix que l'on entend est Ad te levavi : « Vers toi, Seigneur, j'élève mon âme. Mon Dieu, en toi je me confie. Que je ne sois pas déçu (confondu) ! » (Psaumes 25, 1-2). Non seulement le regard s'allonge, mais l'âme elle aussi s'élève vers son Seigneur. Bien que le chemin soit encore long, tous les chants de l'Avent sont un cri vers l'Avènement, dans l'attente de cette Bonne Nouvelle, d'une nouveauté totale. Et c'est le printemps ! Oui !
Dans les traités médiévaux, le début de l'Avent est décrit comme l'arrivée du printemps, lorsque les premiers rayons de lumière, pleins d'espérance et d'attente de la nouveauté, commencent à briser les ténèbres où se trouve l'homme : « Remarquez bien : au printemps, les oiseaux commencent à chanter, et de même l'Église, qui commence son chant durant l'Avent ». L'Église comme un chœur d'oiseaux impatients de commencer leur chant pour le Seigneur, qui vient au printemps. Et c'est là un chant de réveil ! Car si le cœur de quelqu'un dort encore, le chant est la cloche qui le réveille. C'est précisément la mélodie de l'Ad te levavi qui manifeste cette ferveur « qui décrit ce qui s'éveille ». Et la liturgie de la Parole ne fait que le confirmer : « C'est maintenant le moment de nous réveiller du sommeil, car notre salut est maintenant plus proche que lorsque nous avons cru. La nuit est avancée, le jour approche » (Romains 13, 11-12).
L'Avent commence donc par une aube printanière : dans l'attente de la naissance du jeune Soleil venu d'en haut, le Christ qui nous illumine de sa lumière. C'est ainsi que Guillaume d'Auxerre (1145-1231) a commenté ce passage de l'Épître aux Romains qui dit : « Revêtons-nous des armes de la lumière. [...] Revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ » (13, 12-14). L'appel était de commencer l'année liturgique en marchant dans la lumière, et cela « honnêtement et dans les bonnes œuvres ».
Car la vie se construit jour après jour, en répondant à ses défis, à ses appels, à cet imprévu qui nous déplace toujours et nous remet en mouvement. La manière dont nous réagissons nous aide à nous former, à devenir ce que nous sommes. C'est pourquoi on ne peut vivre la vie des autres, répondre à leur place. Et il n'y a pas de retour en arrière, lorsque nous comprenons que nous aurions peut-être dû vivre autrement.
« Veillez » est pourtant un appel à notre liberté. Si la vie nous intéresse, nous resterons éveillés et ferons de la nuit un moment propice à la rencontre qui donne sens et beauté à nos vies — une beauté que nous ne pourrions jamais créer de nos propres mains. Si nous nous endormons, si nous nous laissons étourdir ou séduire par d'autres appels, nous ne pourrons alors que nous blâmer nous-mêmes de n'avoir pas pris part au festin de la vie, préparé pour nous seuls.
Seul le neuf vainc la routine, seul le neuf donne du sang à ce qui devient exsangue. C'est pourquoi il est beau de tomber amoureux : le cœur se renouvelle, et un souffle de lumière et de fraîcheur nous rappelle pourquoi nous avons été créés. L'éternellement identique, en revanche, est l'enfer. La vigilance (veillez !) est donc la première chose exigée de l'homme qui veut être homme : sa pleine disponibilité au présent, une ouverture souple au don de chaque instant, quoi qu'il contienne. Augustin a appelé la présence du présent « l'attention », par comparaison avec celle du passé (le souvenir) et celle de l'avenir (l'attente).
« Voici (dit le grec original, plus souvent traduit par "voilà"), je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5). C'est ainsi que Dieu parle, dans le livre de l'Apocalypse, à l'homme qui craint l'échec, la fatigue, la crise. L'homme ne peut, par lui-même, commencer du neuf, renouveler l'ancien. Il doit recevoir cette nouveauté instant après instant, et découvrir que chaque instant est plein de cette nouveauté, laquelle ne peut que rarement resplendir si nous essayons de la façonner avec nos maigres forces. Pour accéder au renouvellement incessant de toutes choses, l'homme doit s'élever au niveau de celui qui voit véritablement, se souvenant de ce que Montale déplorait déjà dans ses vers : « Le mépris de ceux qui croient que toute réalité n'est que ce qu'ils voient ». Mais il existe une source qui renouvelle, et une réalité qui doit être renouvelée.
Le pape François, parlant précisément de l'importance de la vigilance, dit : « Si la vigilance vient à manquer, il existe un très grand risque que tout ce que nous avons acquis soit perdu. Il ne s'agit pas d'un danger d'ordre psychologique, mais d'ordre spirituel, du véritable piège du malin esprit. Cela signifie, en effet, précisément ce moment où nous sommes trop sûrs de nous-mêmes ; c'est là le danger : "Je suis sûr de moi, j'ai gagné, maintenant tout va bien pour moi...", c'est le moment où l'esprit mauvais attend, quand tout semble en ordre, quand les choses "fleurissent" et que nous avons, comme on dit, "le vent en poupe".
Tout est en place, tout va bien, mais où est le maître de maison ? Il n'est pas là. Personne pour veiller et garder la maison. Et c'est là le problème. Le maître de maison est absent, il est sorti, distrait, ou bien il est chez lui mais il dort, de sorte que c'est comme s'il n'était pas là. Il n'est pas éveillé, il n'est pas attentif, car il est trop sûr de lui et il a perdu l'humilité de garder son cœur. Nous devons toujours garder notre maison, notre cœur, et ne pas nous laisser distraire...".
Nous terminons par la parole de Jésus qui ouvre nos cœurs à la confiance et à l'espérance : Heureux ces serviteurs que le maître, à son retour, trouvera vigilants ! Il se ceindra, les fera mettre à table, et viendra les servir" (Lc 12, 37).
- Mladen Klanac
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